Cette semaine Apple a annoncé trois nouveaux macs qui utilisent leur nouveau processeur M1 de la gamme Apple Silicon.

Apple Silicon, une variante de l’architecture ARM, promet des vitesses et des économies d’énergies incroyables par rapport à l’architecture x86 d’Intel.

Les premiers tests semblent confirmer ces promesses avec le Mac Book Air M1 étant plus performant que le modèle haut de gamme Mac Book Pro 16” !

Si le modèle pro a encore beaucoup d’avantages qui justifient son prix, Apple n’a pas peur de vampiriser sa propre gamme d’ordinateur.
Les experts s’accordent pour une annonce d’un M1X (ou M2 ou M1 Pro) au printemps 2021 avec des performances similaires, voire supérieures, à ses modèles haut de gamme.

Contrairement aux autres fabricants d’ordinateurs, Apple est un maître des  transitions technologiques.

Les plus vieux d’entre nous se souviennent des transitions d’architecture du 6502 (Apple 2 8bits) vers le Macintosh (Motorola 68000 - 16/32 bits) suivie du powerPC (Motorola/IBM 16/32 bits), puis vers les processeurs d’Intel 32/64 bits.

Entre temps, les développeurs s’adaptent avec la programmation de l’Apple 2 DOS vers le System Mac puis vers Mac OS X “Cocoa” (venu de NeXT) ; une nouvelle plateforme iOS et des applications 64 bits obligatoires.

Lorsque Apple annonce que cette transition durera 2 ans il n’y a aucune raison historique pour en douter.

N’oublions pas que sa gestation a demandé 10 ans et son adoption va continuer pendant encore au moins 5 ans.

Une transition, c’est long.

La transition Apple Silicon, démarre en 2010 avec le processeur A4 pour l’iPad.
En 2013 Apple accélère la cadence avec le A7 pour l’iPhone 5S. Il s’agit du premier processeur 64 bits d’Apple qui stupéfait toute l’industrie.

Cette transition 64 bits est importante pour l’harmonisation entre macOS et iOS car l’architecture d’un processeur et le système d’exploitation sont intiment liés.

Et Apple a compris très tôt que l’on ne peut pas faire une évoluer une plateforme sans que les développeurs suivent la cadence.
Pour Apple, une machine sans apps est une machine morte.

Ainsi pour la transition PowerPC vers Intel qui naît avec Mac OS X, il a fallu d’abord que les développeurs abandonnent les librairies Carbon des anciens systèmes Mac avec ses languages Pascal, C, C++ pour passer à Cocoa et le language Objective-C du nouveau Mac OS X. A partir du moment où il y a eu assez d’applications Cocoa, Apple a pu activer la transition matérielle vers Intel.

Cette nouvelle architecture Apple Silicon est elle aussi favorisée par un nouveau language, Swift lancé il y a plus de 5 ans, et de nouvelles librairies spécifiques comme SwiftUI.

Aujourd’hui avec le M1, la contrepartie logicielle toute aussi importante est macOS 11 Big Sur.

macOS 11 Big Sur est composé de deux systèmes :

  • macOS 11 Big Sur pour processeurs Intel (i5, i7, i9, Xeon. ),
  • macOS 11 Big Sur pour processeurs Apple Silicon (M1, etc.).

La différence fondamentale est :

  • Big Sur pour Intel (i5, i7, i9, Xeon.) ne peut pas lancer d’applications iOS.
  • Big Sur pour Apple (M1, etc.) peut exécuter des applications iOS nativement.

Est-ce que les possesseurs de macs avec processeurs intel doivent installer Big Sur ?
⚠️ Attention, comme toutes les versions initiales, celle de Nov 2020 est un peu jeune.
Ensuite Oui pour s’entraîner à utiliser Big Sur, en étant conscient de manquer sa fonctionalité la plus importante.

Pourquoi faire tourner des applications iOS est si important ?

Parcequ’il s’agit de la “vraie” transition : celle de l’harmonisation entre iOS et macOS.

La raison fondamentale de cette harmonisation est d’augmenter encore plus la facilité d’utilisation des produits Apple.

La facilité des interactions entre l’utilisateur et sa machine est une des valeur fondamentale d’Apple.

La maîtrise d’Apple dans ce domaine vaut des milliards. Ce n’est pas toujours la meilleure implémentation, mais commercialement la plus performante.

Doit-on encore s’étonner si Apple investit ses ressources dans tout ce qui peut permettre de faire fructifier cette valeur?

Depuis des années Apple essaye de simplifier les interactions entre un appareil iOS et un Mac.
Encore une fois cette transition a commencé en 2010 avec le processeur A4 de l’iPad ET les version iOS de Pages, Number, Keynotes.

Aujourd’hui à partir de son document Pages sur Mac, on peut directement lancer la caméra de son iPhone et récupérer instantanément la photo dans sa page.

Une note dessinée avec le crayon sur l’iPad peut aussi être transféré de la même façon.

Bizarrement, il est toujours compliqué d’utiliser l’excellente caméra de son iPhone lorsque l’on est en vidéo conférence sur son Mac.

C’est aussi pour résoudre ce genre d’interactions qu’Apple donne des outils aux développeurs indépendants.
Et inévitablement, certains sont arrivé à commercialiser des apps pour utiliser la camera d’un iPhone lorsqu’ils sont en visio sur leur Mac.

En résumé,
macOS 11 Big Sur pour processeurs Apple exécutera des applications avec de meilleures interactions entre vos appareils que macOS 11 Big Sur pour processeurs Intel.

Et le Neural Engine alors ?

On peut aussi se demander ce que le “Neural engine” apporte de plus pour les Macs.

Tout d’abord ce co-processeur est unique à Apple Silicon.

Ces unités exécutent très rapidement des algorithmes de “Machine Learning” (ML) responsables pour ce que l’on appelle l’“Intelligence Artificielle” (la réalité est plus complexe que ça!).

En pratique, cela nous permet par exemple de prendre de très belles photos avec l’arrière plan flou.

Aujourd’hui, pour manipuler, éditer cette photo, il est plus facile et plus rapide d’utiliser un iPhone/iPad qui ont ce “Neural Engine” que d’utiliser son Mac avec processeur Intel.
Avec les Macs M1 etc., il y a maintenant parité entre tous les appareils Apple.

Autre exemple, avez-vous déjà remarqué que pendant une visioconférence, rendre l’arrière plan flou marche sans aucun problème sur les iPhones et iPads qui ont un Neural Engine mais fait rugir le processeur et ses ventilateurs sur nos Macs et PCs?

Voilà donc deux utilisations de ce Neural Engine sur votre nouveau Mac M1 avec Big Sur.

Il y en a beaucoup d’autres car Apple a choisi une stratégie très claire pour respecter la confidentialité des données des utilisateurs : les traitements des applications “intelligentes” sont effectués sur les machines elle-mêmes, pas sur des serveurs distants.

En résumé, Neural Engine = applications plus “intelligentes” et vos données plus privées.

Et le Web alors?

Lorsque l’on passe la majorité de son temps sur un ordinateur à utiliser un navigateur web, quel est l’avantage d’un Mac avec un processeur Apple ?

Il n’y a pas d’avantages extra ordinaires à utiliser un Mac M1 pour utiliser le web.

Heureusement!
C’est aussi un principe fondamental du web que d’être indépendant!
Même le ChromeBook, pourtant une machine dédiée pour les applications web, Google n’est pas arrivé à en faire la meilleure machine pour ce genre d’utilisation.

Google Suite, Office 365 et toutes les autres applications web bénéficient-elles vraiment des prouesses technologiques d’un iPhone, d’un iPad, d’un Mac M1 ?

Tout d’abord ces applications web utilisent Javascript, et les processeurs les plus efficaces pour exécuter Javascript sont les processeurs Apple. Ce sont les plus rapides et surtout ceux qui utilisent le moins d’énergie.

Mais quelque soit cet avantage, une application web ne peut pas utiliser toutes les possibilités d’une machine pour des raisons de sécurité et des raisons commerciales du fabriquant.

On comprend aisément qu’une page web ne puisse avoir accès directement à nos fichiers, à la caméra, au micro, la géolocalisation, etc.

Même lorsque on lui donne la permission, le système d’exploitation du fabriquant peut restreindre leur utilisation, leur performance.

Ainsi une application web voulant utiliser le “neural engine”, sera à la merci de l’autorisation d’Apple, et aujourd’hui, c’est non!

Avant de débattre entre l’efficacité d’une application web et une application compilée pour une plateforme spécifique, il faut d’abord se demander :
Qu’est-ce qui favorise l’existence d’une app ?

  • Pour implémenter leur idée, les développeurs doivent pouvoir choisir l’outil qu’ils connaissent le mieux.
  • Pour diffuser son implémentation, les développeurs doivent pouvoir choisir la solution la plus fluide.
  • Pour se rémunérer de leur travail, les développeurs doivent pouvoir choisir les modèles qui les satisfassent le plus.

Pour conclure, voici un appel aux développeurs!

J’aimerai acheter une application pour écouter des radios dans le monde entier sur n’importe lequel de mes appareil et dès qu’elle reconnaît un segment publicitaire (ou des infos de traffic), elle mixe sur une autre radio.

Bonus: que les chansons qui sont diffusées soient aussi reconnues!

Je laisse le développeur mariner et faire bouillir son cerveau sur l’implémentation de cette app, toute implémentation est bonne, pourvu que l’app existe!


Article modifié le 15 Nov 2020